Découverte d’une grotte sépulcrale exceptionnelle au Gabon


Communiqué

Une grotte archéologique exceptionnelle a été découverte début septembre au Gabon, dans la région de Mouila, par une équipe de chercheurs français et gabonais, ont annoncé les autorités.

Alors qu’il était en mission pour le compte des Parcs Nationaux, du 18 au 28 septembre 2018, le spéléologue Olivier Testa (NOT Engineers) est descendu au fond d’un gouffre inconnu, et a mis le pied au milieu de plusieurs centaines d’ossements humains, et plus de 180 outils, armes en fer rouillés, couteaux, haches, kindu, cloches, hache-spatule et bijoux en fer, en cuivre et peut-être bronze. Il y avait aussi des anneaux, perles, et cauris.
Au total, au moins 29 squelettes humains sont présent.

Lors de la découverte, des photos ont été prise de tous les objets in-situ, et seuls quelques objets de surface ont été touchés. Le spéléologue, seul à être descendu, est remonté en laissant le site en l’état pour les futures recherches.

Ossements, un coquillage cérémoniel et des lames de couteaux-monnaies
Bracelets en fer et en cuivre, tête hache
Grotte d’Irougou : spatule métallique de forme inconnue
Cette "spatule" en fer forgé, d’une taille de 70cm, avec deux parties, discale et oblancéolée, reliées par une tige métallique est d’une forme inconnue, selon nos recherches actuelles. Il s’agit peut-être d’une monnaie d’échange.
Bracelet-monnaie en fer

C’est le ministre de la Culture, Alain-Claude Bilié-By-Nzé qui a annoncé la découverte le 18 décembre lors d’une conférence de presse à Libreville. « Il va maintenant falloir continuer le processus et là on va s’associer, bien entendu, aux partenaires qui ont déjà commencé l’aventure. (...) Nous allons accompagner le projet et le Musée National sera donc heureux d’accueillir ces objets. »

Le géoarchéologue Richard Oslisly (Agence Nationale des Parcs Nationaux du Gabon) qui accompagnait Olivier Testa précise "La grotte sépulcrale de l’Irougou est une petite merveille. J’étais passé devant l’entrée de cet aven en 1992, mais je n’étais pas descendu au fond à l’époque".

Olivier Testa poursuit : "Ces ossements dateraient de plusieurs centaines d’années. Des datations plus précises le diront. C’est la première fois qu’une telle sépulture est découverte en Afrique centrale, et cela ouvre un champ de recherche incroyable".
Richard Oslisly rajoute « Cette remarquable découverte à plus d’un titre, est primordiale pour comprendre les us et coutumes des populations anciennes, d’apprécier les échanges commerciaux régionaux par une étude des différents objets associés et de savoir, par des études génétiques sur les dents, quels pourraient être les descendants actuels ».

Quelques objets en fer au fond de la grotte
Avant de réaliser la nature de la découverte, différents types d’objets ont été assemblés : couteau-monnaies, point de sagaie, hache, et un objet de type inconnu.

La suite passera par le scan en 3D de la grotte, pour repérer la position de chaque objet et os, avant des fouilles minutieuses. C’est une incroyable opportunité pour mieux comprendre les peuplements du Gabon.

Durant la mission spéléologique, 9 grottes de plusieurs centaines de mètres de long jusqu’ici inconnues ont été découvertes et topographiées par Olivier Testa et son assistante Julie Ikouanga. Plusieurs centaines de milliers de chauves-souris les occupent, tout comme des porc-épics, des pythons et des insectes par millions. "C’est la découverte que je rêvais de faire depuis longtemps" rajoute le spéléologue.

La mission était financée en partie par le programme conservation et développement durable de Olam Palm Gabon qui exploite les concessions sur lesquelles s’ouvrent les grottes.

Contact :
olivier.testa@not-engineers.fr
06 04 46 45 10
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Richard Oslisly et Maël Ntsinga dans la grotte de Ndongou
(photo Olivier Testa)

Note sur l’équipe

L’équipe Testa/Oslisly avait déjà découvert les crocodiles oranges des grottes d’Abanda, et fait des recherches sur les grottes de Lastoursville où ils avaient découvert, avec de nombreuses grottes, la première grotte ornée à l’ocre et les premières gravures rupestres du pays (2013).
Il s’agit de leur sixième mission ensemble.

Olivier Testa est spéléologue. Au Gabon, en 9 expéditions, au delà de Lastoursville et des crocodiles d’Abanda (ci-dessus), il est à l’origine de la découverte des premiers dessins pariétaux au charbon (grottes de la Nyanga, 2007). En Haiti, il a découvert plusieurs grottes archéologiques avec des restes humains, des vestiges archéologiques, des gravures précolombiennes, ainsi que des grottes à potentiel touristique.
En Arabie saoudite, il met à jour tout un système de tunnels très anciens sous la ville de Dumat al-Jandal.
Site web : Olivier Testa

Richard Oslisly est géoarchéologue, spécialiste des paléoenvironnements, et travaille pour l’ANPN sur des recherches archéologiques concernant les premiers peuplements du Gabon. Installé au Gabon depuis plus de 30 ans, homme de terrain, il connait tout le pays. Il affectionne le parc de Wonga-Wongue, le parc de la Lopé, ainsi que Lastoursville.
Il a beaucoup travaillé par ailleurs au Cameroun.
Site web : Richard Oslisly

Julie Ikouanga est une spéléologue Gabonaise, qui vient de terminer son master en géologie. Elle préparera un doctorat à partir de 2019.
Elle était l’assistante d’Olivier Testa pour l’exploration et la topographie des grottes, et ils avaient déjà travaillé ensemble à Lastoursville.

Maël Ntsinga est en fin d’étude de doctorat en archéologie. Il travaillait avec Richard Oslisly sur les prospections archéologiques de surface.

Inventaire des espèces de chauves-souris
Olivier Testa attrape dans une grotte une phyllorhine rousse de Sundevall, au milieu de centaines de milliers d’insectes volants (photo : Maël Ntsinga).